L’Homme de Vitruve

Leonardo da Vinci, Proportions du corps humain, dit L’Homme de Vitruve,
Vers 1492, Plume et encre noire, 77x53cm,
Galleria dell’Accademia, Venise

Totalement autodidacte, Léonard de Vinci (1452-1512), se considérant avant tout comme ingénieur, l’ « uomo senza lettere » finit par devenir, par la curiosité et l’observation,
l’incarnation de l’artiste de la Renaissance : peintre, architecte, urbaniste, scientifique, metteur en scène, anatomiste, cartographe, ingénieur militaire, musicien, poète, etc…

Vitruve est un ingénieur et architecte romain célèbre pour son traité De architectura, qu’il écrit à la fin de sa vie (Ier siècle av JC). Il est redécouvert à la Renaissance et devient immédiatement une référence et un appui à la pensée rationalisante de l’humanisme.

Alors que Vitruve développe et précise un système de proportions remarquables et mesurables au niveau du corps humain à l’intention des bâtisseurs qui doivent s’en inspirer pour établir les dimensions de leurs propres constructions, Léonard de Vinci s’empare de ces « lois » pour les confronter aux théories de son époque, les matérialiser et les démontrer dans un dessin en passe de devenir un symbole.

Léonard superpose en réalité deux théories de l’ingénieur antique : celle de l’homme aux bras en croix, à l’horizontale, qui s’inscrit dans un carré, et celle où il écarte bras et jambes symétriquement, de façon à décrire avec les extrémités de ses membres un cercle dont le centre est au nombril. L’artiste universel signe alors une image emblématique du foisonnement scientifique, philosophique et artistique de la Renaissance, où l’homme, ainsi considéré comme le centre de l’univers, est lui-même un système idéal de rationalisation et de mesure du monde.

Un homme nu, aux cheveux longs, est dessiné de face et debout. On
voit deux paires de bras; ses bras sont représentés une première fois à l’horizontale mais aussi tendus vers le haut ( position ’10h10’). Idem avec ses jambes : une première fois à la verticale, une deuxième fois écartées (7h25). Un cercle et un carré sont dessinés de telle manière à ce que l’homme soit inscrit à l’intérieur des deux figures. Au-dessus et au-dessous de la figure, un texte manuscrit, écrit « à l’envers ». Des segments coupent régulièrement le corps : poignet, coude, genoux..